Tout le malheur des hommes vient de l'espérance qui les arrache au silence de la citadelle, qui les jette sur les remparts dans l'attente du salut.
(Albert Camus - L'Homme révolté 1951)
Située dans la commune française de Bitche, en Moselle, la citadelle domine la cité fortifiée au pied de laquelle s’étend cette ville d’environ cinq mille habitants. Chef-d’œuvre de l’art militaire et principal site historique du pays de Bitche, elle doit son importance à la position stratégique du rocher qu’elle occupe, défendu depuis le 12e siècle. Marquée par l’empreinte de Vauban, son concepteur, puis reconstruite au cours du 18e siècle, elle semble défier le temps par ses lignes acérées. Témoin des grands bouleversements de l’histoire, de la Révolution française à la Seconde Guerre mondiale, en passant par la guerre franco-prussienne de 1870, elle incarne aujourd’hui un lieu de mémoire classé monument historique depuis 1979, rappelant que la paix s’est construite au prix d’épreuves profondes.
À vingt-sept kilomètres de Reichshoffen, Bitche se dresse autour de sa citadelle, silhouette étroite posée sur une éminence que dominent les reliefs voisins. Ses bastions, ses caves, ses galeries souterraines, son puits profond et ses citernes en font une place conçue pour durer sous le feu.
Mal entretenue, presque oubliée, Bitche n’en demeure pas moins stratégique : cinq routes y convergent vers Strasbourg, Wissembourg, Sarreguemines, Metz et Phalsbourg, et le chemin de fer y relie le Rhin à la Moselle.
Le 6 août 1870, le général de Failly quitte la place pour secourir Mac-Mahon, laissant le commandement au chef de bataillon Teyssier. Soldat endurci, laissé pour mort à Sébastopol puis grièvement blessé à Montebello, Teyssier prend en main une défense fragile : 800 hommes du 86e de ligne, 200 douaniers, 250 artilleurs, bientôt renforcés par des isolés de Reichshoffen et des gardes nationaux.
En quelques jours, il rétablit l’ordre, regroupe les hommes, organise les postes et fait rassembler vivres, bétail, fourrage et munitions. L’armement reste inégal (53 pièces d’artillerie, beaucoup de matériel ancien, peu de cartouches) mais la volonté de tenir s’impose. Tandis que certains redoutent la destruction de la ville, Teyssier tranche : livrer Bitche, ce serait livrer le fort. Le 7 août, les éclaireurs prussiens paraissent ; la citadelle répond par trois bordées d’une pièce de 24.
Le lendemain, un officier allemand exige la reddition. Teyssier refuse. Entre deux et trois heures, deux batteries ennemies ouvrent le feu depuis les routes de Wissembourg et de Strasbourg : le siège de Bitche commence.
Pendant huit mois, presque coupée du monde, la place restera fidèle à sa mission : résister à la Prusse.